Un été au Togo épisode 1 : Les langues du Togo par Artémise

Suite au camp chantier organisé par l’ONG A.N.G.E à Tchekpo (Togo) cet été, voici le premier épisode du témoignage des Papillons d’Avenir En Héritage proposé par Artémise, chrysalide au sourire quotidien.
« Je vous présente mon meilleur professeur d’éwe. Le français est la langue officielle du pays mais à Lomé et au village de Tcheckpo la population parle l’éwe. D’autres langues sont parlées au Togo. Ainsi, des habitants du nord et du sud du pays parlant leurs langues respectives ne peuvent se comprendre. Même si le français a un pouvoir unificateur au sein du pays, la maîtrise de la langue reflète les inégalités d’accès à l’éducation.
M’enseigner l’éwe était vite devenu un jeu apprécié des enfants. Mes tentatives de parler leur langue déclenchaient des rigolades car, d’une part, je faisais d’énormes distorsions phonétiques, d’autre part, j’étais susceptible de répéter n’importe quoi puisque je n’en comprenais pas le sens des mots. Ils aimaient aussi l’inversion des rôles, les enfants devenaient les maîtres et moi je devenais l’élève balbutiante.
Je crois que pour les enfants, la séparation entre les « Yovo » (les Blancs) et eux se manifeste entre autres à travers notre maîtrise du français. C’est la langue de l’école, une contrainte et en même temps un outil indispensable pour réussir. En essayant d’apprendre l’éwe, je me trouvais dans la même situation qu’eux lorsqu’ils apprennent le français. L’intérêt que je portais pour leur langue a fait tomber un peu la hiérarchie entre les langues et, par la suite, entre nous. Parmi les jeunes Togolais, certains sont assez hostiles envers les Français en raison de notre histoire commune mais aussi de l’actualité politique et économique.
 
Me parler en éwe tout en sachant que je ne comprenais pas était une manifestation du rejet de ce que la langue française et moi représentions. Quand je quittais l’espace linguistique où j’étais à l’aise et sûre de moi, je m’aventurais dans le leur ; j’y étais visiblement perdue. Ils se sont alors adressés à moi en éwe non plus avec l’intention de m’exclure, mais au contraire avec l’intention de me secourir, de me donner des points de repère dans leur langue. Ainsi la barrière qu’elle constituait s’est transformée en pont. J’ai eu des discussions passionnantes (même si c’était en français) avec ces jeunes ; ils souhaitaient partager leur culture et exposer leur vision du monde, tout en étant aussi à l’écoute de mon point de vue. À travers cet échange, nous avons réussi à lever une part de la méconnaissance réciproque dont découlent en général l’incompréhension et la méfiance mutuelles. Ce désir de partage a créé un lien d’amitié entre nous.

J’aimerais ajouter un détail qui est invisible sur la photo : ce sont les mains. Les togolais se serrent la main dès qu’ils se rencontrent. Les jeunes aiment élaborer leurs checks personnalisés, tandis que les filles connaissent beaucoup d’enchaînements de battements de mains. J’ai remarqué que non seulement leurs mains étaient plus musclées que les nôtres mais surtout qu’elles étaient plus calleuses. C’est l’empreinte du travail manuel que moi, en tant que parisienne, je n’ai pas.
Pour finir, le garçon de la photo s’appelle Roger. Comme vous, je l’ai appris à la fin, au moment du départ. Notre amitié n’avait pas eu besoin de ce détail.”
 
Artémise

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