Reality Tour

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Une entreprise sociale, appelée Reality Tours and Travel, organise différentes excursions autour de Mumbai. La plus connue est le Tour du slum de Dharavi, le bidonville qui concentre le plus de personnes en Asie (1 million de personnes).

L’objectif de ces tours est d’augmenter la prise de conscience des touristes sur ce qu’est un bidonville (beaucoup de faux stéréotypes) et d’apporter des fonds à des projets qui reviennent à la communauté. La particularité est que 80% des recettes effectués à l’issue du tour sont reversés à une association Reality Gives, qui s’occupe d’une école à l’intérieur du slum (formation des professeurs, enseignement ludique pour les enfants autour de cours d’anglais, de technologies et de soft skills).

Nous avons décidé de tenter l’expérience…

C’est une ville à part entière, on y trouve tout ce qu’il faut pour vivre, des magasins, des industries, des écoles, des restaurants, des habitations et plein d’autres choses.

L’industrie : toute la communauté s’organise autour du recyclage de déchets que nous jetons tous les jours à Mumbai. Le recyclage de la matière plastique est le plus représenté, mais également de l’aluminium et d’autres matériaux. C’est aussi une grande manufacture où les ouvriers font des vêtements, des sacs à partir de peau de bêtes, des bijoux, tous revendus sur les marchés dans la ville.

Ce qu’il nous a frappé, c’est la dynamique du bidonville. Contrairement au reste de la ville, nous n’avons pas vu de mendiants, ou de personnes assises en souffrance. Ces gens là semblent toujours en action et travaillent tous très dure.

Ces travailleurs sont cependant exposés à de très hauts risques et parfois refusent de porter les protections en disant qu’elles les ralentissent dans leur travail. Les personnes qui recyclent l’aluminium sont toute la journée dans une pièce fermée, et font fondre les matériaux à 5 000 degrés. A en voir la couleur des murs ça en dit long sur l’état de leur organisme…

Les déchets sont transportés, stockés sur les toits ou empilés dans les ruelles, et bien qu’ils les recyclent, ils rejettent 30% de ce qu’ils ne peuvent pas réutiliser dans l’océan. Nous avons eu l’occasion de passer à travers les habitations, dans des rues étroites, slalomant entre les trous dans le sol, l’eau infectée qui coule par terre, les fils électriques en hauteur, les gens et les animaux qui passent.

Une expérience discutable…

Compte tenue de la dimension sociale du tour, nous nous sommes laissés tenter en croyant aux bénéfices de ces tours pour la communauté. Mais tout au long du tour, nous avons ressentis un malaise que nous n’avons pas su identifier dès le début.

En se baladant dans les rues, il y avait un décalage. 7 blancs et un guide indien en chemise bleu placardée « Reality Tour » autour de tous ces indiens qui travaillent, on était comme des extraterrestres au milieu d’une ville. Les gens ne semblaient pas surpris de notre présence, mais pas particulièrement contents pour autant.

Que pensent ces gens de ces tours touristiques ?

Telle est l’énigme à laquelle on est incapable de répondre.

Reality Tour fait ces visites de 2h30 chacune deux fois par jour, ce qui représente une 40ène de personnes chaque jour. On a essayé de se mettre à la place des résidents, en imaginant tant de touristes venant nous regarder travailler et vivre chaque jour sans vraiment interagir avec eux, car seul les enfants nous disent bonjour et semblent s’en amuser.

A en voir le nombre de personnes habitants dans ce bidonville, il parait impossible que cette organisation les aient tous consulté avant d’entreprendre une telle démarche.

Alors que penser ?

A un moment pendant la visite, une femme qui travaillait avec d’autres femmes a fait signe au guide de partir, puis lui a parlé en langue locale. Le guide nous a dit qu’elle se plaignait des touristes qui avaient pris des photos d’elle auparavant, mais compte tenu de son geste l’explication ne nous a pas vraiment convaincu. Car il est difficile de cacher son étonnement devant autant de situations critiques, et ça se ressent sur les visages des visiteurs. Nous avons ressentis cet « effet zoo » que nous redoutions.

Ce qui est dérangeant, c’est que ces tours soient faits par des personnes extérieures au slum.

Il nous paraîtrait plus légitime que les guides aient grandis dans le bidonville, et parlent de leur vie et celle de leur communauté, plutôt qu’une personne venant d’ailleurs qui devant les résidents et travailleurs parle de leur vie sans l’avoir vécue.

Par ailleurs, le site affiche que 80% des recettes revient à la communauté. Elle revient en effet à une ONG qui œuvre pour une école à l’intérieur du slum. Celle ci touche 400 enfants… (sur 1 million de personnes). C’est un travail remarquable, mais qui ne revient pas forcément aux gens qui sont visés par le tour.

Bref, expérience forte pour nous, mais on reste dubitatif sur l’impact positif de ces tours sur la population visitée…

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