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 Qu’est ce que l’entrepreneuriat social ?

Avant de parler de développement du secteur de l’économie sociale ou de l’entrepreneuriat social dans chaque pays, nous pensons qu’il est important d’identifier ce que c’est. Cela nous permet d’analyser les différences entre chaque pays, et de mieux comprendre ce qu’il se cache derrière ces termes.

Nous avons décidé de poser la question à tous les entrepreneurs sociaux que nous rencontrons et aux personnes intéressées par notre enquête.

Les réponses sont diverses, et souvent très éloignées de notre vision française de l’ESS.

En France, la définition de l’entrepreneur social est inexistante dans les textes. Mais au vue de la loi Hamon de juillet 2014, on reconnait comme étant des acteurs de l’économie sociale et solidaire toutes structures au statut d’association, fondation, coopérative, mutuelle et également les entreprises classiques qui respectent 3 critères :

  • Utilité sociale

  • Lucrativité limitée

  • Gouvernance participative au sein de l’entreprise

En Inde, aucune loi ne régit l’économie sociale et solidaire ou l’entrepreneuriat social. Mais la culture entrepreneuriale est grande, l’entrepreneuriat social accroît depuis les 5 dernières années et le Gouvernement fait preuve d’initiatives pour soutenir le secteur.

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Amit, expert en entrepreneuriat social

  • Qui sont ces entrepreneurs sociaux en Inde?

En règle générale en Inde, les fondateurs d’entreprises sociales sont soit étrangers (Américains, Anglais en majeur partie) ou soit indiens qui ont étudiés ou vécus à l’étranger (souvent US) et sont revenus pour mener un projet entrepreneurial en Inde.

  • La naissance de leur activité ?

Des tous les entrepreneurs sociaux que nous avons rencontrés, nous avons identifié deux types de structures.

Les plus viables économiquement sont les entrepreneurs qui ont cherché à trouver une brèche dans le marché, un business potentiel qui n’était pas exploité dans leur région et qui pourrait bénéficier à une partie de la population. C’est par exemple le cas de Krishistar, Gram Power et Edubridge.

D’autres structures ont abordé les choses différemment. A partir d’un problème social, elles ont cherché à apporter des solutions par le biais d’une activité, économique ou non. Ces structures peuvent être issues du modèle associatif ou d’un modèle plus entrepreneurial. On remarque que pour celles-ci, leur modèle économique est moins viable et elles restent souvent dépendantes de fonds extérieurs (dons, subventions). C’est le cas de Magic Bus et Mumbai Vote, deux associations, de Zaya une entreprise sociale et Unltd un incubateur.

  • Comment définissent-ils l’entrepreneuriat social ?

Pour certains, être un entrepreneur social n’est pas si différent qu’être un entrepreneur classique. Yach, fondateur de l’entreprise sociale Grampower, définit une entreprise sociale comme “un business créatif de richesse et d’impact social”. Allant encore plus loin, Marisa une Allemande travaillant à Zaya considère que l’entrepreneuriat social n’est rien d’autre que la seconde étape du capitalisme. “Le capitalisme serait bien plus durable si on prenait en compte les coûts et avantages sociaux.” Selon elle, l’entrepreneuriat social n’est pas quelque chose de nouveau, ca a toujours été là mais simplement personne n’y avait prêté attention.

Souvent mentionné par les entrepreneurs sociaux, la durabilité d’une entreprise qui se traduit par l’existence d’un modèle économique fiable est un critère essentiel. Le fondateur de Krishistar nous rappelait “Le plus important est d’avoir un modèle économique durable, beaucoup d’entrepreneurs sociaux se concentrent trop sur la partie sociale et laissent de côté la partie business, en développant des modèles économiques bancales, ce qui les rend vulnérables et in fine décrédibilise le secteur.”

D’un autre côté aux yeux du personnel d’Unlimited, le célèbre incubateur britannique, un entrepreneur social est “une personne qui essaie de changer les choses, quelque soit son modèle financier”. Certaines fois, même au sein de la même structure, les opinions divergent. Ca a été le cas dans l’entreprise sociale Grampower, où un employé nous a partagé sa définition de l’entrepreneuriat social qui selon lui est “une structure, quelle soit à but lucratif ou non, qui bénéficie à la société dans son ensemble” alors que son collègue avait insisté sur la dimension lucrative de l’entreprise.

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Under a Mango Tree avec l’équipe Hellochange

  • Changer d’échelle ?

Une des notions importante et assez controversée de l’entrepreneuriat social est: les entreprises sociales doivent-elles être capable de changer d’échelle ?

Selon Amit, expert dans le secteur de l’entrepreneuriat social, une entreprise sociale pour être reconnue comme telle se doit d’être “scalable”, c’est à dire être capable de s’agrandir et d’avoir un modèle adaptable à grande échelle. En effet dans un pays comme l’Inde où plus de la moitié de la population n’a pas accès aux services de bases, le rôle d’une entreprise sociale est de lutter contre ces inégalités et d’apporter des solutions à ces problèmes. Si une entreprise reste à petite échelle, et impact sur la vie d’un village, d’une communauté, ou d’une ville, alors elle n’apporte pas une réponse adaptée au problème social qu’elle tend à résoudre.

Selon Vivek Gilani, créateur d’une association et d’une entreprise sociale (fellow Ashoka), c’est un paradoxe. “Pourquoi les entreprises sociales devraient-elles changer d’échelle ? C’est impossible, le principe d’une entreprise sociale est d’agir local. Elle doit viser une région, identifier les besoins et particularités de cette région, et apporter une réponse adapté à cet environnement. Une solution ne peut pas être universelle. De plus comment être sûr d’avoir un impact de qualité en gérant une grosse organisation ? C’est une machine incontrôlable.” Selon Vivek, l’impact social se mesure à la qualité, plutôt qu’à la quantité.

“Je pense que l’idée doit être transposable, mais l’organisation ne doit pas nécessairement l’être. C’est pourquoi je suggère la création d’une plateforme où chaque entreprise sociale pourrait mettre en lumière le travail qu’elle fait dans une certaine région, et inspirer d’autres personnes pour qu’elles adaptent le concept à la communauté visée”.

  • Quelles différences en Inde et en Europe ?

Les challenges des entrepreneurs sociaux en Inde et en Europe sont très différents, il est difficile de les comparer. Amit nous raconte qu’il a rencontré un porteur de projet en Allemagne, dont le challenge était de créer des bouteilles d’eau en verre pour inciter les gens à arrêter d’utiliser des bouteilles en plastique et protéger l’environnement.

« En Inde, notre défit est toujours de fournir de l’eau potable à tout le monde, un défit comme en Allemagne, on en sera peut être là dans une cinquantaine d’années. »

Les défis en Europe sont plus des changement de style de vie pour économiser l’énergie, et c’est très important dans un contexte de changement de climat. Mais ce sont des challenges à nature et à échelle différente.

  1. Confrontation avec la vision de personnes du secteur classique :

Nous avons eu l’occasion de parler avec un sceptique de l’entrepreneuriat social. Il travaille pour un investisseur de start up « non social » en Inde.

“L’entrepreneuriat social est une bulle qui comme le micro crédit va exploser, et dans quelques années, on en parlera que comme quelque chose qui ne fonctionne pas. La raison pour laquelle ca ne fonctionne pas c’est que les entrepreneurs sociaux oublient souvent qu’ils sont d’abord des entrepreneurs et que leur affaire doit tourner pour avoir un quelconque impact. Ils développent un modèle économique “pourris” et n’ont pas d’impact. Nous on investit dans des start up non sociale, parce qu’on considère que ces entreprises vont faire plus de chiffre, être capable de grandir plus rapidement, et donc créer beaucoup plus d’emploi. Dans un pays comme l’Inde, le plus important n’est il pas de donner un emploi aux gens pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins ?

De plus ça devient une mode, il y a beaucoup de gens qui se ventent de faire de l’entrepreneuriat social depuis leurs bureaux, et qui n’ont aucune idée de ce qu’il se passe à l’extérieur. » Ancien service civique au groupe SOS, celui ci dénonce le fonctionnement de la plus grosse entreprise sociale de France.

En conclusion, les définitions de l’entrepreneuriat social sont diverses, en fonction de la culture mais également de la personnalité de chacun. Dans un pays où les inégalités sociales sont immenses et l’accès aux services de bases ne sont pas fournis, les enjeux pour les entrepreneurs sociaux sont incomparables avec les enjeux qu’on peut avoir en France. Les opportunités de business social paraissent plus évidentes mais pas plus facile à achever. Il y aura toujours des sceptiques, et leur point de vu est très important à prendre dans la construction de ce projet, pour ne pas se perdre dans les discours philantropiques de certains et se reconnecter à la réalité.

Qu’elle que soit la définition de l’entrepreneuriat social, les acteurs semblent tous s’accorder sur un élément: l’impact social est le but à atteindre.

Alors faut-il vraiment imposer une définition stricte de l’entrepreneuriat social pour développer le secteur ?

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