Bolivie : l’aspiration au changement

La Bolivie est une démocratie présidentielle avec un parlement bicaméral. A sa tête, le président Evo Morales exécute son 3ème mandat.

Evo Morales...Bolivia's President Evo Morales gestures during a press conference at the presidential palace in La Paz, Saturday, Jan. 24, 2009. Bolivians could approve, in a referendum on Sunday, a new constitution proposed by Morales and opposed by the a majority of the middle and upper classes. (AP Photo/Juan Karita)Evo Morales est issu d’une famille aymara de l’Altiplano bolivien, il est « cocalero » (producteur de coca), dirigeant syndical et chef du Mouvement vers le socialisme.

En décembre 2005, il remporte les élections présidentielles avec 53% des voix. Il est alors le premier président Amérindien du pays à s’affirmer en tant que tel et à relayer les revendications culturelles et sociales des populations indigènes. Il a séduit les Boliviens grâce à des objectifs ambitieux tels que la lutte contre la pauvreté, l’éradication de la corruption et l’intégration des peuples indigènes dans la société.

Dès le début de son premier mandat Evo Morales met en place différentes mesures pour atteindre ses objectifs, il contribue notamment à l’augmentation du PIB par habitant de 2.9% par an en moyenne, grâce notamment à l’augmentation du salaire minimum, et permet l’émergence d’une nouvelle classe moyenne. Il gagne progressivement l’opinion publique, ce qui lui permet d’être réélu b29_17740179triomphalement le 6 décembre 2009 avec 63% des voix.

Le 25 janvier 2009, les électeurs boliviens approuvent par référendum la nouvelle Constitution « socialiste et favorable aux indigènes » proposée par le président Evo Morales. Elle fait de la Bolivie un Etat plurinational, permettant à tous les peuples originaires d’être représentés à l’Assemblée législative et reconnaît 37 langues officielles.

Le texte suprême fait de l’Etat bolivien l’acteur central. Avec cette révision constitutionnelle, Evo Morales s’inscrit dans l’idéologie politique de la gauche sud-américaine en suivant les pas de ses homologues vénézuélien Hugo Chavez et équatorien Rafael Correa.

Le laboratoire bolivien serait-il devenu celui des luttes sociales et anticapitalistes que promettent, un peu partout, les gauches de gouvernement ?          

L’affaire TIPNIS…     

Entre l’idéologie politique portée par la nouvelle Constitution et la réalité des enjeux économiques du pays, la Bolivie se trouve placée face à ses contradictions. Dans un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, chacun doit choisir son camp entre un modèle classique, censé sortir de la pauvreté le plus grand nombre, et un modèle alternatif, fondé sur la recherche du « Vivre bien » dans le respect de l’environnement et contre la croissance à tout prix.

Le conflit du TIPNIS reflète cette contradiction entre son positionnement écologiste et de protection des droits indigènes et la réalité de sa politique nationale.

Entre août et octobre 2011, la Bolivie a connu un de ses plus graves conflits sociaux depuis la première élection d’Evo Morales (2005). Pour refuser la construction d’une route traversant leur territoire, des indigènes ont entamé une marche de protestation qui s’est transformée en un conflit d’ampleur nationale.

bolivieIndigenesTipnisPhotoLosTiempos_com01102011r472C’est le 15 aout 2011 que des indigènes des basses terres boliviennes ont commencé une marche de protestation de 66 jours jusqu’à La Paz pour refuser la construction d’une route sur leur territoire dénommé le Tipnis. Ce territoire de 12 000 km2 bénéficie d’un double statut censé garantir sa préservation : c’est un territoire indigène et le parc naturel « Isiboro Sécure » depuis 1965. La décision du gouvernement d’Evo Morales d’y construire une route a été dès son origine très controversée. Et c’est à bout d’arguments et face au refus de négocier son tracé que les indigènes se sont résolus à entamer une marche de protestation jusqu’à La Paz.

Le 24 septembre 2011 à Yucumo, les 1 000 marcheurs sont arrêtés par les habitants de Yucumo qui organisent un barrage pour obliger les marcheurs à négocier avec le Gouvernement. Les marcheurs sont violemment réprimés par les policiers présents sur place. L’affrontement fait 1 mort et de nombreux blessés.

reprssion-2Cet événement fait basculer l’opinion publique bolivienne du côté des marcheurs et marque une rupture entre le Gouvernement présidé par Evo Morales et ses alliés historiques : les organisations syndicales et indigènes. En effet le gouvernement d’Evo Morales porte une part de responsabilité dans la difficulté d’établir un dialogue pour éviter le conflit. Il n’y a pas eu de consultation préalable des représentants indigènes, bien que cela soit obligatoire depuis la constitution de 2009 pour toute décision les affectant.

La Bolivie, depuis l’élection d’Evo Morales en 2005, avait promu sur la scène internationale son processus de changement en le parant d’une double vertu : le respect des droits indigènes et celui de l’environnement. L’événement de Yucumo fait tomber le mythe de cette Bolivie en transition.

Nous avons rencontré Fernanda, une investigatrice spécialisée sur le thème de l’économie sociale et solidaire à La Paz qui nous expliquait que deux forces s’affrontent au sein du Gouvernement. Il y a le courant qui concentre des projets alternatifs et celui dont les projets sont plus conservateurs. Malheureusement, c’est la seconde force qui l’emporte sur les décisions politiques concrètes du Gouvernement et c’est celle qu’Evo appuie personnellement. En effet 60% des recettes de l’Etat proviennent de l’exportation des hydrocarbures, et les projets actuels du Gouvernement vont tous en ce sens : ouverture de l’agro-industrie et exploitations des hydrocarbures.

Fernanda, quelles sont les limites de cette stratégie politique ?

Les investissements du Gouvernement dans le secteur des hydrocarbures ont eu des conséquences sur d’autres secteurs. En effet le secteur de l’agriculture, celui qui crée le plus d’emploi en Bolivie, a vu ses ressources financières baisser. arton4060Aujourd’hui on assiste à de plus en plus de migrations vers les villes et de reconversions d’agriculteurs dans le secteur du commerce ou des transports. En conséquence, la production nationale paysanne a reculée et n’est plus suffisante. Le pays importe de plus en plus de fruits et légumes, produits pour lesquels ils ont toujours été auto suffisants. Les investissements du Gouvernement n’ont profités qu’au 2% d’emploi représentés par le secteur des hydrocarbures, qui n’ont cependant pas vu leurs conditions de travail s’améliorer.

On peut également se poser des questions sur la durabilité de cette stratégie, les réserves de gaz aillant considérablement diminuées au cours de ces 9 dernières années. La dépendance de cette activité envers la demande étrangère est également une préoccupation à prendre en compte.

Cependant, l’opinion publique est favorable à Evo Morales. Fernanda nous confit que le succès du président est directement lié à la croissance économique du pays, car comme nous l’avons montré précédemment, c’est la première fois dans l’histoire de la Bolivie que la situation économique s’arrange.

Elle ajoute également que malgré la contradiction entre ses discours et certaines décisions politiques « Evo Morales est un personnage symbolique, il représente l’inclusion ».

Qu’en est-il de l’économie sociale et solidaire ?

La Constitution Bolivienne reconnaît 4 formes d’économies :

  • L’économie privée
  • L’économie publique (de l’Etat)
  • L’économie communautaire
  • L’économie coopérative

Qu’est ce que l’économie communautaire ?

L’économie communautaire est considérée de différentes façons selon ses auteurs. Un des courants considère que c’est l’économie des peuples indigènes. 60% de la population totale bolivienne est issue d’un peuple originaire.

En Bolivie, la pluralité sociale politique et culturelle est du au faible développement de l’économie capitaliste sur le territoire. En milieu rural, les boliviens s’organisent en communautés territoriales dirigés par des gouvernements communaux auxquels sont affiliés les paysans et indigènes. Les deux missions principales de ces gouvernements sont la régulation des rapports du groupe et la représentation politique de la communauté auprès de l’Etat. Outre leur affiliation politique à ces gouvernements, les habitants sont membres d’organisations économiques (coopérative, syndicats, communautés agricoles) basés sur des initiatives de production familiale. Pour les règlements de compte, la justice communautaire règne. Elle a été reconnue par une loi en 2010, c’est un système judiciaire rapide et efficace, qui consiste à punir l’auteur d’un délit sans passer par une plainte au commissariat. La Communauté dans son ensemble décide du sort du coupable.

 

Comment l’ESS est-elle représentée ?

Il n’y a pas de reconnaissance de l’économie sociale et solidaire dans la Constitution. Seul un décret datant de 2010 a reconnu son existence. L’ESS est représenté par une association « Mouvement de l’ESS et du commerce équitable » à La Paz. Ils ne sont pas considérés par le Gouvernement, ils sont financés par des bailleurs internationaux et travaillent pour obtenir une reconnaissance juridique du secteur. Ils souhaiteraient avoir un Institut de l’ESS public, tel qu’il existe en Equateur.

De nouvelles réglementations relatives à l’économie plurielle ont vues le jour, en 2011 et 2013. Ces nouvelles lois apposaient deux conceptions de l’économie : l’économie communautaire représentée par les Organisations économiques communautaires (Oecom) et l’économie solidaire par les Organisations économique paysannes (Oecas). Bien que les deux organisations aient des intérêts économiques communs, elles ne parviennent pas à s’accorder sur les questions politiques. L’économie solidaire et communautaire est alors peu représentée.

Quelles initiatives d’économie solidaire ?

  • L’entreprise éco-sociale Flor de Leche

Pendant notre séjour à La Paz, nous avons eu la chance d’aller séjourner quelques jours dans la famille de Stanislas et Carolina, un couple Belgo-bolivien. Ce couple a fondé en 1998 l’entreprise Flor de Leche, dans la municipalité d’Achocalla à quelques heures de La Paz.

11227784_856084324479674_2558014754855036707_nCette entreprise, productrice de fromages et yaourts artisanaux et naturels, est loin d’être banale. Ils se donnent le statut d’entreprise « éco sociale », et c’est peu dire… Ils ont développé un concept innovant de gestion des salariés et des matières sortantes de l’usine de fabrication.

On s’explique !

Bien qu’on ne soit pas encore sur le marché du travail, on s’est vite rendu compte que la manière dont Stanislas et Carolina considérait leurs salariés était assez originale. Là bas, le mot d’ordre c’est « cohésion » et « développement », tout est fait pour que les salariés s’épanouissent… Ensemble et séparément.

Premièrement à l’arrivée au travail, les employés prennent le petit déjeuner ensemble préparé avec amour par la cuisinière qui travaille pour l’entreprise. Des produits frais et de saisons sont finement assemblés pour la santé et le plaisir des employés. Après une matinée de travail, le déjeuner les attend de la même façon : entrée, plat, dessert offerts par l’entreprise.

Tous les mardis après-midi, les employés sont conviés à participer à une heure de formation tenue par la « chargée de formation » ou à une heure de sport. Le mardi de notre venue c’était football ! Après une bonne journée de travail, voilà tous les salariés à courir après un ballon sur le terrain improvisé de l’entreprise. L’équipe « production » contre l’équipe « administration », en passant par la cuisinière qui tient les buts et les moins sportifs en supporters! Tout le monde y trouve sa place, la bonne humeur y règne, c’est un moment incroyable. Afin d’aller toujours plus loin dans la cohésion et le bien être des salariés, un voyage leur est proposé chaque fin d’année.

Pour responsabiliser ses salariés, Flor de Leche a également mit en place des « groupes d’amélioration » au sein de la structure pour chaque unité de l’entreprise (production, administration, affinement…). Ces groupes se réunissent une fois par semaine pour améliorer les procédés de production.

Vous l’aurez compris Flor de Leche accompagne ses salariés et tente d’augmenter son impact social, bien que leur plus grand challenge est de sensibiliser les salariés aux missions et valeurs de l’entreprise, souvent peu conscients de leur approche.

229d6b_81cad8aae9ce4b7ba2f1d29228f7bde2.jpg_srz_p_129_121_75_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzEn parallèle, l’entreprise est très impliquée sur le plan environnemental et travaille notamment à trouver et mettre en place des solutions innovantes pour le traitement de ses déchets.

Voilà un passage de l’article des porteuses du projet « FOOD SENSE TOUR America del Sur » qui décrivent l’engagement de Flor de Leche sur le plan environnemental.

« Flor de Leche a d’abord mis en place tout un système de traitement de ses déchets liquides (la part liquide contenue dans le lait, écartée lors du processus de fabrication du fromage). Le liquide est d’abord stocké afin d’équilibrer le Ph. Une partie est ensuite donnée aux éleveurs voisins afin de pouvoir nourrir leurs animaux. Une autre partie est traitée de façon naturelle, grâce au passage du liquide dans différents bassins contenant des grains de sable de calibres différents qui éliminent peu à peu tous les micro-organismes. L’eau récupérée est finalement utilisée pour arroser les cultures biologiques appartenant à la famille du fondateur de l’entreprise. Pour mettre en place ce système, des travaux ont été faits par des étudiants issus de l’université d’ingénierie avec laquelle FDL a un partenariat. Le tri des déchets solides est aussi instauré dans l’entreprise et un système de toilettes écologiques est en place. Les déchets organiques récupérés sont utilisés pour nourrir les animaux de la famille de Stanislas (déchets de fromage par exemple) ou pour faire du compost utilisé ensuite pour les cultures de la famille (déchets de toilettes sèches par exemple, transformés grâce à la lombriculture). Le but de l’entreprise est d’être auto-suffisante/auto-soutenable, et à terme de verser 10% de ses bénéfices à des projets d’entrepreneuriat social ou éducation locale. »

Marion, Maud et Hélène ont travaillé pendant 15 jours à Flor de Leche pour améliorer la communication de l’entreprise. Pour en savoir plus sur l’entreprise ou sur leur projet, voilà le lien de leur article : http://foodsensetourlatam.wix.com/food-sense-tour#!flor-de-leche/c1t73

  • « La Casa de los Ningunos »

ningunosPendant notre séjour à La Paz, nous avons eu la chance de rencontrer les habitants/fondateurs de la Casa de los Ningunos (« La maison qui n’appartient à personne ») et participer à certains de leurs événements. La Casa de los Ningunos est une colocation de 7 personnes qui promeut une alimentation responsable. Ils privilégient la nourriture issue de l’agriculture biologique et les produits artisanaux. Afin de sensibiliser leurs voisins, ils organisent tous les jeudis dans leur jardin un repas « responsable » essentiellement à base de fruits et légumes de saison, au prix de 3 euros par personne. Un cuisinier bénévole s’occupe d’assembler les aliments et tout le monde y est convié. Parmi leurs événements, ils organisent également tous les dimanches une foire écologique. C’est la première foire écologique de La Paz, elle rassemble une petite dizaine de producteurs bios et locaux. Afin de financer leurs activités, la « casa » met à disposition des logements pour les « voyageurs responsables », la nuit est au prix de 50 bolivianos (7euros) qu’ils proposent également au prix de 25 bolivianos (3.5 euros) pour les voyageurs qui souhaiteraient s’impliquer dans la vie de la maison et participer aux différentes tâches quotidiennes. Nous avons eu connaissance de la « casa » grâce à 3 françaises que nous avons rencontrées à La Paz par le biais de la communauté Makesense. Maud, Hélène et Marion réalisent le projet FOOD SENSE TOUR America del sur, un tour d’entrepreneurs sociaux en Amérique du Sud. Parmi leurs actions, elles organisent des Disco Soupe dans chaque pays qu’elles traversent. Disco Soupe est un mouvement né à Paris en mars 2012 qui œuvre pour la sensibilisation du grand public à la problématique du gaspillage alimentaire. Il s’agit d’aller récupérer des fruits et légumes au marché ou au supermarché qui ne sont plus vendables pour diverses raisons (fruits légumes très murs, abimés…), de les cuisiner en soupe, jus ou salade dans un endroit public puis de les distribuer gratuitement. Nous avons passé une partie de la semaine à La Paz avec elles et avons décidé de les aider à organiser la Disco Soupe bolivienne. 1422632_856080387813401_4548400189552591592_nCa se passait le dimanche, au moment de la foire écologique organisée chaque semaine par la « casa ». La veille, nous sommes allés au grand marché de La Paz et avons démarché les vendeurs/vendeuses de fruits et légumes pour les convaincre de nous donner les fruits et légumes qu’elles ne pourraient plus vendre et qu’elles allaient jeter. Ca a eu un réel succès, les dames ont tout de suite compris l’intérêt de notre action. Nous sommes repartis avec des sacs remplis de fruits et légumes à cuisiner. Le lendemain, nous avons été une dizaine à couper les fruits et légumes, improviser des salades ou jus plutôt originaux. La bonne ambiance était au rendez-vous, en musique, on s’est tous régalés contre le gaspillage alimentaire ! 🙂

11351245_856082561146517_1654140037009984131_nPour en savoir plus sur le mouvement « Disco soupe », c’est ici : http://discosoupe.org/lemouvement/

  • Le « circulo d’Achocalla »

Des acteurs boliviens engagés se sont regroupés pour former le groupe « Circulo Achocalla ». C’est un groupe de réflexion ouvert qui émet des propositions politiques pour atteindre le « Vivir bien » en Bolivie, c’est-à-dire l’objectif exprimé par le Gouvernement actuel, en promouvant des alternatives aux pratiques de l’économie capitaliste.

Ils ont rédigé une petite dizaine de livrets expliquant les dérives du capitalisme et proposant une politique plus engagée. programa10-nro-191-214x300Dans un des livrets intitulé « La madre tierra », le groupe nous fait découvrir l’économie de réciprocité et émet des propositions politiques précises adaptées aux traditions boliviennes pour engager le pays dans une réelle transition. Etant en discussion constante avec le Gouvernement, ils sont de ceux qui croient encore au changement par le haut et à l’impact des politiques publiques sur les pratiques économiques, bien que le changement doive être impulsé à tous les niveaux (public/privé).

Avant toute chose, le groupe nous rappelle que le capitalisme est un système récent qui s’est établit il y a 250 ans en Europe. En revanche les mesures qu’ils préconisent sont basées sur un système de réciprocité dont les fondements ont fait leurs preuves pendant des millénaires. L’économie de réciprocité est une économie basée sur les principes et modes de vie des peuples indigènes, où le partage et les relations humaines priment sur la transaction économique elle-même. Le groupe se base sur une étude scientifique qui montre que le système capitaliste ne rend pas les gens heureux, et apporte une certaine souffrance intérieure. Dans la mesure où le « Vivir bien » est l’objectif final de la politique bolivienne, la recherche du bonheur en est l’élément central.

Bien qu’elles puissent paraître déconnectées de « notre réalité », il nous paraît très intéressant de mettre en avant la vision de ces acteurs du sud, qui, après avoir perçus les limites de notre système, ont décidé de chercher des solutions. Dans un monde où la critique est facile mais les propositions sont rares, la démarche de ce groupe est remarquable. D’une part ils proposent des solutions, et d’autre part ils les mettent à la portée de tous en vendant des livrets de 40 pages à 2 bolivianos, écris dans un langage accessible.

Malgré une forte remise en cause du système capitaliste, le « Circulo Achocalla » se reconnaît dans certaines valeurs et pratiques du système. Ils reconnaissent que la démocratie occidentale s’est développée en même temps que le capitalisme, bien qu’elle soit aujourd’hui menacée par elle-même. L’économie de marché, qui a très bien fonctionnée pendant des années, et le système bancaire en font partie.

Quelles mesures préconisent-ils pour une transition économique ?

  • Convertir les entreprises classiques en entreprises à finalité sociale

Une entreprise, outre ses préoccupations financières, doit avoir pour objectif le « bien commun ».

Toutes les entreprises auraient dorénavant l’obligation de présenter, en plus d’un bilan financier, un bilan de « Vivre bien ». Ce bilan présenterait dans quelle mesure l’entreprise apporte le bien commun. L’Etat impulserait le changement, en ajustant les impôts de l’entreprise en fonction de ce bien commun. Les impôts pourraient atteindre 60% des bénéfices pour les moins engagés, contre 10% des bénéfices pour les entreprises les plus responsables.

  • Eliminer la publicité

La publicité est la roue du système capitaliste, elle nous manipule, il faut donc l’éliminer.

« Elle crée des besoins artificiels, encourage la consommation de produits néfastes pour la santé, ignore la culture amérindienne et met en danger la démocratie puisque la publicité manipule la volonté du peuple »

Il faut remplacer la publicité par l’information, celle qui nous permet de satisfaire nos premières nécessités.

  • Les monnaies locales

Introduire des monnaies locales, c’est impulser la transition.

L’intérêt ?

Permettre que la richesse générée localement ne sorte pas de la région.

Se protéger de la crise économique.

Permettre le renforcement économique des collectivités.

  • Appuyer l’agriculture biologique

A l’initiative du Ministère de l’Agriculture, 3 premières idées seraient à mettre en place.

– Appuyer l’autonomie des semences en créant des banques de graines qui favorisent l’échange de semences traditionnelles

– Développer l’agriculture urbaine

– Favoriser l’accès aux aliments frais et seins en mettant en place des foires et épiceries écologiques dans les villes et villages.

  • Réguler la distribution de l’eau

Augmentation du prix de l’eau de façon exponentielle par rapport à la consommation.

Le 1er mètre cube par personne serait à coup réduit, puis le prix du second augmenterait.. Ceci pour inciter la population à prendre conscience de la valeur de l’eau.

  • Convertir les forces armées en force de « Vivre bien »

Au lieu de défendre militairement notre territoire, défendons l’intégrité de notre terre.

Le service militaire serait remplacé par le service communautaire.

Ca serait l’opportunité d’avoir de la main d’œuvre pour organiser notre transition, défendre les droits de la nature et les droits humains.

  • Légaliser la drogue

Le narco-trafique en Bolivie est omniprésent.

D’une part il entraine une forte violence et il provoque une grande corruption, car le trafique de drogue fabrique des sommes d’argent considérables. D’autre part, l’institutionnalisation de la drogue permettrait de mettre en place un dispositif pour accompagner les personnes dépendantes qui veulent s’en sortir, jusqu’à présent ignorées par la société.

Voilà quelques propositions issues de leur livret « Nosotros y la Madre Tierra ».

Espérons que cela inspire certains d’entre nous! 🙂

BenQ Corp.

Drapeau représentant l’Etat plurinational Bolivien.

Entre idéologie politique, initiatives privées et propositions radicales, la Bolivie semble avoir de réelles ambitions dans le domaine de la transition économique et écologique du pays. Certes, la réalité des enjeux économiques reste un frein à cette avancée, et le Président Evo Morales ne semble pas toujours jouer la carte du courage, dans un contexte où les ressources naturelles sont le seul moyen de rêver en une Bolivie plus égalitaire.

Bien qu’éloignés, le dilemme bolivien ressemble à celui de l’Equateur.

Nos chefs d’Etats auront-ils le courage de prendre les mesures radicales qui emmèneraient le pays vers LA transition ?

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