Blandine et Malou au Togo, épisode 1 : La bibliothèque

SAMSUNG CSC« Blandine ! Blandine ! Bibliothèque ! » Souvent, en passant dans la cour, on entend cet appel. Un petit vient alors prendre la main de Blandine, lève les yeux vers elle et montre du doigt la porte fermée de la bibliothèque. Il faut dire que depuis un mois et demi qu’on est là, ce lieu est de plus en plus convoité par les enfants.

Tout d’abord, laissez moi vous décrire ANGE. Figurez-vos une cour de terre battue, cerclée de quelques bâtiments de brique rouge : des dortoirs, une cuisine, un bâtiment administratif, au dessus duquel se trouve notre chambre, et enfin, la bibliothèque. Remplissez cet espace d’une trentaine de garçons de 8 à 25 ans. Faites les jouer au foot, manger, jouer aux billes, étudier, se battre aussi de temps à autre, rire, faire leur lessive… Ajoutez un palmier, quelques citronniers, deux manguiers à l’ombre fraiche, et montez la température jusqu’à suffocation. Voilà, vous y êtes, bienvenu à ANGE.

Depuis que nous sommes ici, une de nos missions a été de faire revivre la bibliothèque. Avec l’aide de Da Véro, madame Véronique, Blandine a peu à peu pris ses marques. Et la porte s’est ouverte.

Au début, ce n’était pas simple. Da Véro nous explique : « En Europe, vous avez beaucoup de respect pour les livres. Ici, un enfant pourra tout à fait en laisser un sous la pluie. Or, tous ces livres ont été des dons, il faut en prendre soin. » Notre défi est donc de taille : apprendre aux enfants à respecter les livres, sans pour autant les sacraliser au point de les rendre inaccessibles. Il faut donc que les enfants manipulent les livres, viennent voir les images. Il faut lire l’histoire pour que peu à peu, ils aient envie de les lire eux même. Ce n’est pas simple, car ces enfants parlent Ewé, or tous les livres à leur disposition sont en français.

Nous avons donc commencé à lire. Avec les enfants autour de nous et l’album d’Hercule dont ils raffolent. Mais le français est trop soutenu, rapidement, on se rend compte qu’ils ne comprennent rien à ce qu’on raconte. Qu’importe. On lit, puis, on explique avec des gestes. L’important est d’être là, ensemble, et calme. Et peu à peu, nous réussissons à instaurer des règles : pas de chaussure dans la bibliothèque, pas de bagarre dans la bibliothèque, et quand on tourne les pages, c’est avec délicatesse.SAMSUNG CSC

En quelques semaines, la bibliothèque est redevenue un lieu d’activités dont les enfants ont pris possession. Nous alternons entre de petites vidéos projetées sur le mur, des dessins, et peu à peu, la lecture et l’écriture. Tout d’abord, Blandine a lu le livre sur les lettres. Le C fait le son « Sss », ou le son « Kk ». Comme dans « crocodile ». Et les enfants de répéter : « Crocodile ». « Non ! Simon ! Tiens toi bien ! Pierrot, David ! Arrêtez de vous battre ! Allez, ça suffit, vous sortez. Allez ! To ! ». « To », c’est « sors » en Ewé. Nous avons ainsi appris le vocabulaire des ordres aux enfants : « doucement ! Viens ! Tes chaussures ! » Et les classiques « va te doucher » ou autres « habille-toi » qui sont essentiels à la vie sur le centre.

Après la présentation des lettres, Blandine a entamé un peu d’écriture. Des lignes de « e », majuscules et minuscules. Elle a imprimé de jolies rosaces à colorier pour récompenser les enfants quand ils étaient calmes. Elle a créé un Memory avec les lettres de l’alphabet.

Peu à peu, le projet prend forme. Les enfants avec qui nous travaillons dans la journée sont ceux qui ne vont pas encore à l’école. Mais ils sont très en demande d’apprendre. Et quand ils sont tous assis en rond autour de la petite table, à colorier des lettres ou à écouter Hercule, à feuilleter un livre sur les avions ou sur les arbres, on sent leur concentration et leur plaisir.

Je ne sais pas si c’est une impression liée à l’habitude de les fréquenter, mais je crois qu’ils se battent de moins en moins entre eux depuis qu’on a ouvert la bibliothèque. Quand j’en parle à Blandine, très docte, elle me répond : « en même temps, si ils se battent, c’est To tout de suite ! »

Blandine et Malou, 6 juin 16, Lomé, Togo.

 

 

 

 

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